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La parabole des aveugles au temps de la COP21


Ronde des Aveugles (1568) – Pieter Brueghel l'Ancien

Quand je regarde ce tableau, je ne peux m’empêcher de le relier à l’actualité.

Je pense aux partis politiques, aux institutions et à toutes les formes d’organisations collectives qui rendent sourds et aveugles. Je pense que nous sommes tous des terroristes en puissance et des idéologues satisfaits.

Aveugles. Sous prétexte de faire partie de la même « famille », sous prétexte de partager les mêmes « valeurs », croyances et combats, chacun risque de perdre toute clairvoyance et intelligence du réel.Les aveugles de Bruegel se perdent et se soutiennent dans un même mouvement. Je pense à la COP 21… Je pense à Paris en souffrance.

Chacun utilise l’autre pour avancer, chacun s’appuie sur l’autre pour éviter la chute. Et par une sorte de solidarité médiatisée, c’est l’ensemble qui tombe et qui passe à côté. Car ces groupes d’aveugles très fréquents à l’époque de Brueghel avaient l’habitude de se diriger vers des lieux habités et surtout vers des églises où des âmes charitables pouvaient leur donner l’aumône, les aider. Les aveugles de Brueghel ne voient malheureusement pas l’église qui se trouve derrière eux, ils passent à côté du lieu qui pourrait les sauver. Ils passent à côté du sens, qui est pourtant là tout près.

Passer à côté, ne rien voir, partir en guerre, accélérer sa propre chute. Le peintre médite sur un monde affolé (pas encore par le changement climatique) et peint cette ronde d’aveugles pour nous alerter. Oui le monde est fragile, incertain, mouvant. Oui chacun souffre de mal voir, mal entendre, mal aimer, et les rassemblements collectifs ressemblent le plus souvent à des mise en commun d’obscurité et de malentendus où chacun soigne sa culpabilité et… son image.

Christine Cayol


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