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À quoi pensent les Chinois en regardant La Chute d'Icare ?

Quelles sont les sources de la créativité ? Comment déclencher l’innovation ? Faut-il transgresser ou, au contraire, rester dans un sillage ?


La Chute d'Icare de Paul Rubens, 1636


Retour vers la mythologie grecque

Dédale, architecte du labyrinthe, et son fils Icare doivent fuir la Crète, mais ni la terre ni la mer ne leur offrent une voie de salut.

Ne restant que les airs, ils se confectionnent des ailes de cire et de plumes.

Mais Icare n’écoute pas les recommandations de son père (« ne vole ni trop haut, ni trop bas ») et, fasciné, il s’approche trop près du soleil.

Ses ailes fondent… Il chute sous les yeux impuissants de son père…


L’art de la transgression

Pour le Professeur WU, Icare symbolise l'art de la transgression car, à l'inverse, la nature chinoise tend à être mesurée, demeurant dans une forme de détachement et de retenue.

Icare n’écoute pas son père, il est libre, il n’est pas le fils de, il écoute son désir.

Parce que nous avons des Icare, nous avons des Picasso…

Il y a chez Icare un tragique qui est d’une beauté absolument incomparable.


Professeur WU Hongmiao

Université de Wuhan, Chine


Une relation au père insupportable et choquante

Un Chinois est d’abord un fils. En Chine, le nom de famille se place avant le prénom.

Vous êtes avant tout membre d’un clan, d’un réseau, d’un cercle qui vous situe par rapport aux autres.

Un des premiers principes de Confucius avec celui de bienveillance (shèng) est la piété filiale (xiào).

Ce que vous devez d’abord à la société est l’obéissance envers vos parents, vos grands-parents, vos ancêtres et ainsi, au pouvoir. Vous devez d’abord vous soumettre à un ordre qui existe.

A l’inverse, la puissance d’un Icare réside dans la transgression. Celle-ci est source de liberté, de création et d’innovation possibles.


Kuafu poursuivant le soleil : un Icare chinois

Selon cette légende millénaire, Kuafu souffre du manque de lumière sur la Terre et part à la poursuite du soleil.

Le récit ne place jamais le soleil en hauteur, mais toujours en avant. Les représentations de Kuafu témoignent d'un soleil perpétuellement au même niveau, comme s'il était à saisir.

Contrairement à Icare, nous ne sommes pas dans la transcendance. Il n’est pas question de l’ascension, d’aller plus haut, mais d’aller plus loin, vers…



La quête collective comme vecteur de création

Kuafu ne parvient pas à attraper le soleil et succombe.

Mais de son échec renaît le monde, parsemé de pêchers en fleurs, d’une rivière… Il y a re-création.

Chez Kuafu, pas de rapport à la transgression. Il poursuit le soleil pour ses semblables, pour une quête collective.

Son insatiable détermination face aux obstacles conduit à la création d'un nouveau monde, malgré son échec.


2 cultures, 2 visions de la création

Icare représente une interprétation occidentale de la création. L'individu cherche l'ascension, à s'élever au delà de sa condition et de son destin. Pour créer, il faut donc transgresser, rompre avec les normes et les directives qui restreignent nos actions.


Kuafu nous propose une interprétation chinoise de la création. L'individu a avant tout un devoir envers ses parents et son collectif. La création née dans la persévérance et la poursuite de notre devoir, même si celui-ci se solde par un échec.



Un blog d'après la conférence À quoi pensent les Chinois en regardant Mona Lisa ? de Christine Cayol, fondatrice et présidente de Synthesis.

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